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Salle des fêtes

Fiction Community Network Speculative design

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research-fiction project, illustration, design, novel


Salle des fêtes is a speculative fiction about a self-governed community network that existed in middle-sized city. The network uses the anten.as software, DIY antenas and proto-computer built in Las Vegas, a space in the city where Salle des Fêtes do meetings and explore ways of building local network infrastructures and tools for communication.
Salle des fêtes was a way to step back from techno-enthusiasm regarding mesh networking in the digital activism culture and dive more on the esthetics, relations and lifestyle those types of infrastructures and organisation could induce.




Salle des fêtes, novel (FR)

A Rotterdam, le 4 aout 2023

Deux corps suintants de crème solaire et de sueur s'affairent sur les toits en briques brulantes.

Donna et Robin terminent d'installer la sculpture qu'elles ont fabriqué dans la matinée : un long tube de pvc sur lequel est attaché une boite de Pringles et une canette de Fanta, découpés.
Au bout des canettes sont collés des fils electriques qui s'enroulent autour du tube de pvc, grossièrement, s'accrochent à la goutièrent et rentrent dans l'appartement de Donna et Robin, à travers une petite ventilation.
C'est une antenne qui, une fois raccordée à un ordinateur, leur permettra de rejoindre Salle des Fêtes, un réseau qui compte 230 utilisateur·ices, à travers toute la ville.
Ce réseau est indépendant des réseaux de communication classiques (téléphone, internet). Il permet aux habitant.e.s de la ville de communiquer entre elles et eux. Les services que ce réseau accueille sont assez simples, mais suffisent largement à outiller les habitant.e.s qui l'utilisent pour organiser des évènements, partager des idées et du savoir, créer leurs propres médias audios ou textuels, à archiver des documents et à communiquer entre elles et eux.

Donna a entendu parler de cette organisation à une projection dans la librairie SF à côté de la gare.
Après le film, une dame était venu lui parler parce qu'elle portait un t-shirt des Severed Heads
« C'est mon groupe préféré
-Je les connais pas, répondit Donna, J'ai trouvé ce T-Shirt à Emmaus »
Elles avaient continué à discuter en sirotant des bouteilles de bières de marque repère.
La dame en question s'appelait Stella. Elle était grande, avec les cheveux très foncés, en pétard. Elle parlait beaucoup et Donna répondait un peu. Après lui avoir raconté son déménagement, elle lui avait parlé des fêtes qu'elle organisait avec ses copines. Donna avait déjà entendu parler de ces soirées, sur les instagram, mais c'était il y a un an. Depuis plus de signe d'activité.
« Mais vous les faites encore ?
-Oui oui mais on a un peu changé de stratégie de diffusion. C'était devenu un peu bizarre de faire la communication sur Facebook ou Instagram, c'est des free-parties, c'est pas vraiment légal, et politiquement c'était un peu dissonant de faire l'évangile de l'autogestion et de l'anarchie sur la terre sainte de M. Zucherberg. Avec Marthe, on cherchait d'autre canaux pour diffuser les infos des soirées, on a fait un peu de mailing list et Chloé nous a parlé de Salle des Fêtes en décembre dernier je crois. » Stella regarda sa montre comme si elle pouvait lui confirmer son doute,

« À l'époque, c'était que 20 personnes, surtout des nerds, qui avaient installé des antennes sur leurs balcons ou dans des squats derière Charlois. Et c'etait beaucoup plus limité. T'avais genre, 3 possibilités : envoyer des messages individuels, poster des textes et des images sur une sorte de grand tableau en 2D, et émettre des émissions de « radio ». Du coup nous on mettait nos flyers sur le tableau. D'ailleurs, c'était marrant, on a dû tout passer en noir et blanc et Sam, notre graphiste, à trop trippé sur un délire 90s un peu New Age, maintenant, c'est un peu notre style. »
Stella fouilla dans sa poche pour me sortir un vieux bout de papier froissé rose sur lequel était imprimé une grosse salamandre en noir et blanc avec des formes arabesque et des grosses lettres « TACTICAL-MAGIC TAKEOVER » et « FENIX SOUNDSYSTEM ALL NIGHT LONG ». Après une énorme gorgée de bière, elle reprit.
« Ce qui était bien c'était que parmi les 20 geeks du réseau y'avait Asma qui tient le disquaire à côté des Docs, elle imprimait toujours nos flyers pour les mettre sur le comptoir. Ça marchait assez bien. Du coup on a pris l'habitude de déposer des flyers dans les boutiques qu'on aime bien. Maintenant aux fêtes, y'a un chouette mélange de gens qui viennent soit par les papiers qui ont tourné, soit en ayant vu direct les fly' sur le board. Rien de ouf, tu me diras, c'est comme ça que c'était avant dans les années 90 j'imagine. Mais c'est quand même agréable, ça ajoute un côté.. famillial ? Je sais que les gens qui sont là sont des gens qui s'investissent dans la communauté.
Aussi moi, je suis vraiment naze avec les technologies à la base, ça m'ennuyait, je m'y retrouvais pas. Là le fait d'avoir appris avec les autres comment se servir des outils de Salle des Fêtes, ça m'a grave réconcilié avec elles. C'est beau, c'est nos instruments aussi maintenant, nous aussi, on va dessiner notre monde avec tu vois ?"
« Euh, ouais grave » En vérité Donna ne voyais pas complètement, mais elle était assez impressionnée par le discours de Stella.
Soit c'etait une fanatique un peu alcoolo, soit il y avait réellement quelque chose de puissant derrière ce truc, Salle des Fêtes.
Stella avait passé le numéro d'un gars à Donna, avec une petite carte vert fluo sur lequel on pouvait voir un dessin en noir et blanc et une écriture gothique « Salles Des Fêtes ». Au dos une sorte de poême (ci desssus). Le type s'appellait Ton.

« Appelle le si ca t'interesse. »

Donna non plus n'avais pas une grande appétence pour la technologie, elle avait des usages ordinaires de son ordinateur et de son iPhone. Mais les échanges avec Stella avaient attisé sa curiosité. Elle se demandait ce qui pouvait bien se passer au sein de cette communauté qui se fleurissait sur les toits et dans les caves. Et puis tout ce discours sur l'aspect local du réseau l'intriguait. Elle avait souvent l'impression de ne pas vraiment habiter son quartier, sa ville. Elle n'avait jamais eu l'occasion de rencontrer ses voisins, de discuter avec les commerçants, de participer à des événements locaux. Elle allait toujours dans les mêmes grandes surfaces et dans les mêmes clubs pourris.

Le lendemain elle décide d'appeller le numéro que lui a donné Stella. Une voix à la fois roquailleuse et dansante répond au bout de la ligne : « Allo ?

-Bonjour, c'est .. Ton ?
-Lui même ! C'est pour quoi ?
-Euh, Stella m'a donné ton numéro par rapport à Salle des Fêtes, peut etre qu'on aimerai bien participer avec ma colloc
-Ah Stella ! Hahaha ! Trop cool, oui super, est ce que tu as le temps de passer cet après-midi ? on a un atelier a coté de Beatrixpark, je pourrais t'expliquer un peu plus l'affaire

-Oui, okey ! je peux venir à 15h c'est bon ?

-C'est bon pour moi, je t'envoie l'adresse à toute ! Attends tu t'appelle comment ?
-Ah oui pardon, c'est Donna !

-Enchanté Donna ! »

Par chance, Beatrixpark était à 10 minutes de vélo. Après avoir mangé un petit sandwich, Donna pris un sac avec un petit carnet et un stylo et sortit de chez elle.
L'adresse indiquait une porte de garage entre un traiteur chinois et un chantier (qui semblait ne jamais avoir avancé). Toute la façade est couverte de lierre, on pouvait y voir deux petites fenêtres qui donnaient sur une quelque chose comme une cuisine ou un salon.
Elle enfonça son doigt dans les feuilles et appuya sur une petite à peine visible et attendit. Un bruit métallique sonna de l'intérieur, suivi par un crissement douloureux, et la porte de garage s'ouvrit péniblement et découvrit la silhouette d'un grand type mince, le crane rasé, avec un T-shirt des Atari Teenage Riot. Son visage était bizarrement aussi accueillant qu'inquiétant.

« Coucou, c'est Donna ?

-C'est moi ! »

Ton regarda sa montre « wow, quelle ponctualité ! »

Ton lui fit signe d'entrer.

« Bienvenue à Dallas ! »
L'espace derrière la porte ne ressemblait pas du tout à Dallas. c'était une sorte de salon avec des canapés, des établis contre les murs et quelques petites machines d'ateliers.
L'endroit était accueillant, on se serait cru dans un bazar d'électronique comme à Tokyo, mais partagé avec un antiquaire et un soudeur de cadre de vélos

« C'est le nom de ce lieu, on l'occupe depuis un an et demi. On l'a appelé comme ça, car quand on est arrivé y'avait un méga stock de chapeaux de cowboys dans des cartons. On n'a jamais su pourquoi… Ici, c'est un peu l'atelier slash salle de réunion slash salle de workshops. N'importe qui peut venir utiliser les outils qu'il y a ici, du coup, c'est toujours un peu le bazar, mais on rencontre de chouettes personnes ! Là-haut on a une autre salle qu'on prête à des assos' et il y a aussi deux chambres, la mienne et celle de Sam. On habite tous les deux là depuis six mois. Si ça te va, on peut aller prendre un thé dans la cuisine, comme ça je te présente un peu le projet et ensuite, on retournera dans l'Atelier pour que je te montre deux trois bricoles si tu as le temps !

-J'ai tout mon aprem

-Super, suis-moi alors ! »

Tom fila vers le fond de la pièce et monta les escaliers deux par deux marches et iels arrivèrent dans un couloir qu'iels traversèrent jusqu'à arriver dans une petite cuisine avec une verrière. Sur les étagères, il y a tout un tas de bocaux dans lesquels flottaient des légumes, des fruits et des… choses. Ton passa derrière un petit comptoir et lança une bouilloire

« Thé jasmin ça te va ? Je demande parce que Sam trouve ça dégueu…

-Oui oui nickel »
en fait Donna n'aimait aucun type de thé.

Il sort d'un placard deux petites tasses en céramique avec des bras en guise d'anses et des petits visages et verse le thé jaunâtre dedans.

« C'est moi qui les ai faites ! annonça fièrement Ton,

-C'est très mignon »
Ce n'était pas vraiment mignon, c'était plutôt flippant.

Ils s'attablèrent et Ton sorti un petit carnet, Donna en profita pour sortir à son tour son petit carnet. Le sien était plus petit encore, Donna se félicita intérieurement pour cette victoire.

« C'est bien que tu aies pu rencontrer Stella. Je suis content qu'elle parle de Salle des Fêtes autour d'elle. On ne traine pas forcément dans les mêmes milieux alors ça permet de diversifier les membres, ça nous fait du bien, je pense ! Je sais pas trop ce qu'elle a pu t'expliquer déjà, mais je vais refaire un peu un topo général et tu me dis si je répète okey ?
-Yes
-Alors, en gros, Salle des Fêtes, c'est ce qu'on appelle un réseau communautaire. C'est un moyen de connecter des individus et des collectifs à distance sans dépendre des acteurs de réseaux actuels, donc les fournisseurs d'accès internet, Orange, Free, mais aussi les différentes plateformes à travers lesquelles on communique aujourd'hui, Facebook, WhatsApp etcétéra. Ça nous permet de com-plé-tement définir la manière dont on veut communiquer, d'adapter nos moyens aux besoins et aux envies des membres, au sein d'une ville. Nous par exemple on a développé un service particulier chez Salle des Fêtes c'est le tableau Billboard. C'est une grosse page, comme les tableaux d'annonce dans les espaces publics, à l'ancienne, où chacun·e peut mettre des messages, des annonces, des images, des liens, dans n'importe quel format. C'est un service que Sam a co-développé il y a un an avec deux associations qui étaient sur le réseau. Elles ne se retrouvaient pas dans l'usage des forums et des salons de messageries qu'on fournissait à la base. Tu vois, c'est vraiment ce niveau de libre arbitre qui nous intéressé. La possibilité pour chacun·e de reprendre la main sur sa manière d'interagir avec les technologies de communication. En fait, c'est possible. Et pour certain·es, c'est transcendant, car ça n'existe plus pour le grand public ce pouvoir. Pour nous chacun·e doit être capable de décider des formes que prend sa relation avec la technologie comme de la manière dont iel va s'habiller le matin. C'est aussi important. Et c'est génial ce que ça produit, tu verras ! Genre demain si tu m'appelles et que tu me dis ""Yo Ton! j'ai reflechi cette nuit et j'aimerai trop pouvoir envoyer automatiquement tous les matins une image aléatoire de chien à tous mes contacts, et que la couleur des chiens corresponde à l'ascendant astral,"" je te réponds, Okey trop cool passe à Dallas et on va coder ça quoi ! Enfin peut-être que je me demanderai si ça vaut le coup de mettre de l'energie pour ça, vu que c'est une idée un peu pourrie, mais bon, tu captes l'idée !"
Ton versa le thé à Donna, sans vraiment se soucier du marécage de feuilles qui coulait depuis le bec de la teiller.
"Aujourd'hui il y a pas mal de possibilités sur Salle des Fêtes, on a intégré pleins services cette dernière année, mais grosso modo, il y a : Un espace de forum où chacun et chacune peut échanger sur des topics assez variés, relatifs à la vie de la ville ou pas du tout d'ailleurs, une messagerie qui ressemble à peu près à une boite mail. Il y a aussi le Billboard sur lequel n'importe qui peut poser des annonces qui resteront sept jours. On a un espace d'archivage de documents d'intérêt public, une encyclopédie, des livres, des sons et d'autres trucs que chacun.e peut consulter quand iel le veut. On aimerai bien avoir des vidéos mais ca utilise trop de bande passante. On à aussi mis en place un flux audio, une sorte de chaine radio que chacun·e se partage pour diffuser des émissions, les musiques des un.es et des autres, des bulletins d'info, ce que tu veux. il y a trois chaines disponibles. Ici, on fait pas mal d'émission et on accueille des gens qui voudraient en faire, mais apriori chacun.e peut émettre depuis chez elle ou lui avec un petit peu de matériel.
Ce qui est important, c'est de garder en tête que ce qui se passe sur Salle des Fêtes peut servir ce qu'il se passe dans les différents espaces de la ville ! On considère le réseau comme un catalyseur de lien social à l'échelle locale. Mais c'est assez automatique vu que c'est limité aux bornes de la ville.
Ça va ? C'est un gros pitch, tu me dis si je ne suis pas clair hein, je suis pas encore superdoué à ça.
-Non non ça va, c'est très clair
-Merci. Donc du coup tout ça, c'est un peu la pensée conceptuelle du projet disons, même si elle est étroitement liée à la technique que je vais t'expliquer maintenant. Ce réseau qu'on forme là est ce qui s'appelle un réseau en maillage qui ,ne repose sur aucune infrastructure autre que celle déployée par les membres du réseau. »

En parlant, Ton dessine sur un bout de papier des petits points reliés par des traits

« Ça c'est essentiel pour l'autonomie vis-à-vis des fournisseurs d'internet. Chaque membre, va installer une antenne chez elle ou lui qu'il connectera à un terminal, qui peut prendre différentes formes, on verra après, pour accéder au réseau. chacune de ces antennes constitue un nœud du réseau et peut envoyer, recevoir et transmettre des informations par routage. Si un nœud A veut envoyer un message à un nœud B, ce message traversera plusieurs nœuds qui séparent A et B. C'est une organisation décentralisée. À l'inverse, dans un réseau centralisé, tous les messages seraient envoyés de A vers un point central qui les renverrait vers le point de destination B. Et ça, ça pose pas mal de problème, déjà la nécessite d'avoir un point central. À qui est-ce qu'il appartient, qui paye pour sa maintenance ? Aussi le fait d'avoir un lieu par où passent toutes les données : Ça crée un lieu de pouvoir, un endroit potentiel de contrôle et surveillance, et aussi un point critique, car si ce point central tombe en pane, tout le réseau disparait. Ce modèle de réseau en maillage, il garantit une résistance et une bonne répartition du pouvoir."

"Mais tout ce blabla de réseau ne nous dit pas grand-chose sur ce qui se passe chez toi, dans ton salon, à l'autre bout de l'antenne. Comme je t'ai dit avant, un des buts de Salles des Fêtes c'est de proposer à chacun et chacune de dessiner sa relation avec la technologie. La manière dont chacun.e accède au... on pourrait appeler ça le réseau social, donc l'ensemble des services disponibles sur Salle des Fêtes. Naturellement, on aurait tendance à connecter l'antenne à un routeur puis un ordinateur, comme ce qui se fait aujourd'hui, mais ici, on a un peu expérimenté avec d'autres formes de terminaux, ce qu'on pourrait appeler des ... néo-ordinateurs ! Et là, on va pouvoir descendre pour que je te montre… Ou peut être que ce serait mieux que Sam t'en parle ! Elle s'y connait mieux, c'est elle qui bidouille pas mal ! »
Ton se retourna pour crier en direction du couloir
« Sam ?! Une voix étouffée vint de la porte au fond du corridor
-Oui ??? »

Ton se leva et alla ouvrir la porte. Ce que Donna pensait être un bruit de ventilation s'avéra en fait être un son de synthétiseur monotone qui venait de la chambre du fond.
« Est-ce que tu peux montrer à Donna les terminaux en bas ? »
Le son s'arrêta
« Deux minutes, je finis un truc » répond la personne d'arrière la porte
Le son repris et s'étouffa quand Ton referma la porte.

« Elle arrive, on à qu'a aller l'attendre en bas »

Iels descendirent tous les deux en bas et quelques minutes plus tard, une femme en survêtement de sport turquoise arriva dans la pièce. Elle avait les cheveux blonds, ou plutôt jaunes, et des lunettes carrées avec des montures aussi larges qu'un doigt.

« C'est toi Donna ?" »

Son sourrir laissait voir des petites perles de plastique collées sur ses dents, « très raffiné » se dit Donna

« Oui

-Enchantée ! Moi, c'est Sam !

-Est ce que tu peux lui expliquer un peu ce que vous faites avec les ordinateurs là ? demande Ton

-Oui bien sûr, suis-moi »

Toutes deux se dirigèrent alors vers un rideau de PVC que Sam écarta d'un coup de main. Derrière le rideau apparu un nouvel atelier, plus complexe que celui à l'extérieur, avec de nombreux meubles à tiroirs, des loupes, des fers à souder et des oscilloscopes. Sur deux étagère en métal s'empilaient des circuits imprimés, des écrans de tout types et des hauts parleurs. Entre ces deux étagères etait installé un établi éclairé par une halogène.

« C'est là qu'on fait des prototypes pour les terminaux qui permettront aux memres d'interagir à travers le réseau. Ce qu'on essaye de faire ici, c'est de repenser l'ordinateur, en termes de ressources disponibles et de réparabilité, mais surtout en terme d'usages individuels. On essaye de penser des outils en fonction des services disponibles sur le réseau et non l'inverse. L'organe de base, c'est ce petit bidule là. Sam pris dans ses mains un circuit imprimé vert avec plusieurs prises USB soudées à sa surface. "C'est microordinateur, une petite carte dans laquelle tu peux mettre des programmes et à laquelle tu peux brancher tout un tas de périphériques d'interaction comme un écran, un clavier ou un haut-parleur. C'est là-dedans qu'on installe le système d'exploitation, l'OS, comme tu installes Windows dans un PC. Ensuite, on y ajoute des appendices en fonction des besoins. Par exemple, on n'a pas assez de débit pour partager des vidéos au sein de Salles des Fêtes, alors on a pas réellement besoin d'un écran qui soit très vif, ni necessairement en couleur. Du coup la plupart du temps, on propose aux gens un écrans en e-Paper. Mais il y a des personnes qui sont encore plus radicales que ça. On a par exemple Meryl qui veut même pas avoir d'écran, alors c'est compliqué pour elle d'accéder a certains services, mais ça lui convient. Du coup, elle est venue ici pour construire son terminal. Quatres composants c'est tout : le microordinateur, un micro, un haut-parleur, et quelques lumières. Avec ça, elle peut écouter le Flux audio, envoyer et recevoir des messages vocaux et accéder aux documents en mp3. Elle a développé une sorte de langage de code morse pour accéder à certaines infos textuelles simples depuis ses lumières, c'est fascinant. Et ça, ça lui va, c'est comme ça qu'elle veut interragir avec la technologie. Elle a limité disons, la place sensorielle que l'ordinateur pouvait prendre dans sa vie. Je trouve ça super inspirant perso. Et à l'inverse Ton lui, il est plutôt assez extensif. Là-haut, on a un terminal assez avancé techniquement, avec outils haptiques qu'il a développé pour augmenter les outils de traitement de texte et de dessin, un écran pour accéder au contenu et un autre pour monitorer les flux de donnée qui passent par l'antenne, pas mal d'entrée différente pour mettre des disques, des cartes SD, des disquettes, brancher des synthétiseurs, scanner des images. C'est un peu tony stark version mad max. C'est à peu près autant le bordel sur son bureau que dans sa tête, hahaha !

-C'est impressionnant… Mais moi, je sais pas faire tous ces trucs…

-T'en fais pas, déjà, on a des solutions toutes faites qui ne demandent pas trop de travail, on t'enverra juste les références des choses que tu dois trouver de ton côté. En vrai, tu peux même utiliser un ordinateur normal apriori, mais bon, c'est pas notre came ici. Et puis si jamais ça t'intéressé, tu peux venir ici le jeudi soir, il y a souvent du monde, on pourra t'accompagner si tu veux tester un peu, même si tu veux juste apprendre l'électronique. D'ailleurs si tu veux repasser demain, Marsia expliquera comment faire les antennes, y'a déjà 5,6 personnes qui sont inscrites, ça te dis ?

-C'est à quelle heure ?

-Entre midi et deux si je dis pas de bêtises "

-Okey, je viendrai avec ma coloc' si y'a moyen"

-Ah ouais, c'est une super idée ça, il faudra juste une petite participation pour les composants, donc ramenez genre dix balles, ça devrait suffire si c'est ok pour vous...

-Oui ça devrait aller !

-Alors, je vais te filer notre brochure, que tu pourras bouquiner un peu, ça comprend ce que Ton à déjà dû te dire et quelques autres précisions, hésite pas à envoyer un mail à l'adresse en dessous pour qu'on puisse être en contact le temps que tu sois installée !

-Trop bien, merci en tout cas, ça à l'air trop bien ! À demain !

-À demain ma belle, répondit Sam

-Ciao Donna ! cria Ton à travers l'atelier

-Au revoir ! »


*Rotterdam, le 4 aout 2023. *
De retour sur le toit de l'appartement de Donna et Robin

« Meuf, il fait tellement chaud, pourquoi on a fait ça aujourd'hui, on est trop teubées ...
Robin s'etait réfugiée dans le seul rectangle d'ombre disponible, la silhouette d'une grande bouche d'aération. Donna etait accroupie au pied de l'antenne en PVC, et s'affairait avec une pince sur les deux longs câbles noirs.
-C'est bon, j'ai quasiment fini, je comprends juste pas comment je suis supposée mettre l'embout du câble, t'as la brochure ?

-Ouais, attends, Robin fouilla dans son sac en toile collé à son dos
-Tiens, elle lui tendi le livret, gondolé de sueur. Donna le pris, et feuilleta les pages jusqu'à atteindre la partie sur les antennes. Elle commença à reproduire les étapes dessinées sur le papier.

-Okey alors, j'enlève la gaine, je mets la partie du tour là-dessus et ensuite la partie du centre là… Tu me passes la deuxième pince ? Robin lui jetta la pince rouge

-Donna j'vais descendre, j'en peux plus"

-J'ai presque fini j'te jure. T'as mis des serres-flex sur le câble dans la gouttière ?

-Oui, c'est bon !

-Okay, je crois que j'y arrive là… C'est bon, ça tient bien, je pense. On peut descendre.

Robin et Donna se levèrent, et admirèrent un temps leur sculpture.
-C'est bizarre comme truc, tu crois qu'ils vont rien dire la copro' ?
Donna pointa un tas de vieux matelas et de terre séchée au bout du toit.
-Vu comment c'est dégueu ici, ils ne doivent pas trop trainer dans le coin, je pense… On verra

-Allez on se Barry White ! »

De retour dans leur appartement, Robin avait installé une table près de la fenêtre à par laquelle arrivait le câble depuis l'antenne. Il se branchait dans un vieux routeur que Donna avait trouvé à Emmaüs, puis au microordinateur autour duquel elles ont installé un écrans de e-Paper, un clavier et une carte son, que leur avait prêté Sam.

« T'as la carte SD ? demanda Donna

-Oui dans mon sac avec les tâches de vache là

-Tu l'as trouvée où finalement ?

-Sedim, dans sa friperie, il en avait en rab'

-Sedim, il est dans Salle de Fêtes ?

-Apparement, je savais pas avant de lui en parler

-Trop bien, on lui doit des thunes ?

-Non, c'est cadeau

-Quel lover… Tu peux essayer de la mettre dans l'ordi ?

-C'est fait

-Okey, normalement si j'allume tout le, ça devrait démarrer...

Donna poussa le bouton de la multiprise avec son orteil. Le Raspberry s'alluma mais rien ne s'affichait à l'écran

-Et allez… C'était sûr que ça allait pas marcher.

-Attends… Donna, c'est juste l'écran, tu l'as pas branché

-Ah purée… Okey là, c'est bon »

L'écran de e-Paper lafficha un sablier qui s'agitait, puis en lettre mi-Gothique mi-PixelArt les mots « Salle des Fêtes » apparurent à l'écran. Le haut-parleur émit un petit jingle épique et une page d'accueil apparut, avec 6 icônes. Donna et Robin jubilaient

« Hahaha c'est trop cool, ça marche, on est des génies !!

-Okey va sur le truc là Billboard, ça m'intrigue trop, j'ai rien compris quand Ton m'a expliqué »
Robin tappait sur les flèches d'un vieux clavier pour sélectionner l'icône Billboard. Quelques secondes de chargement précédèrent l'affichage d'une dizaine de petites images, de dessins, de mots ou de textes plus conséquents, avec chacun des typographies, des styles et des tailles différentes. Elle naviguèrent avec le clavier sur le tableau pour en comprendre les limites.

« C'est hallucinant, y'a tellement de messages… Et c'est remis à zéro toutes les semaines en plus ?

-Oui apparemment

-Mais on n'est que mardi, c'est taré… Y'a combien de personnes en tout ?

-il y a quelques stats là-haut.... mmhh ça c'est le débit, je crois, ça c'est les messages qui passent… Ah ! Y'a 234 nœuds en tout. on peut voir les profils ==ajouter image==

-Y'a des dessins rigolos. Là celui-là : «  journée passée à regarder le ciel, 56 avions sont passés, il fait nuit maintenant » C'est mignon. Là. « Est-ce que quelqu'un est intéressé par un tournoi de carte Magic samedi ? » et là aussi : "Voici l'album fini téléchargeable, on vendra des cassettes au multison de Utrecht, au plaisir de vous y voir

-Y'a un multison prévu à Utrecht ?

-J'étais pas au courant, je suis grave chaude d'y aller.

-Pareil

-Ah, regarde, tu peux afficher la carte

-Je ne vois pas, c'est où ?
Donna pointa du doigt une icône,

-Juste là. »

Le Billboard disparut pour laisser place à une carte de la ville en noir et blanc, sur laquelle apparaissent des pastilles blanches, certaines clignotaient, d'autres étaient noires.

« Alors nous, on est là… Hey mais il y a quelqu'un juste à côté aussi

Robin attrape ses jumelles et se précipita à la fenêtre

-Je vois rien, c'est vers où ?

-On dirait que c'est juste au-dessus du Franprix

-Mmmmh... Franprix, Franprix, au dessus... Mais wow !

-Quoi ?

-Y'en a une juste là ! je la vois !

-Passe les jumelles

À travers les jumelles Donna aperçut, quatre toits plus loin, attaché à une cheminée en briques rouges, une grande tige au bout duquel était fixées deux boites de pois chiches, dos-à-dos.

-C'est ouf !

-On est plein... »